
Voilà, c'est sorti. Qui plus est, c'est sorti pour et par ma mère. Un peu comme une naissance quoi.
Qui l'eut cru.
Toute la semaine, le sourire au lèvre, la pêche, des soirées, la danse, le stage, on se bat, on s'intéresse, « très sympa ton nouveau copain T. », ouais, un weekend de fou, c'est super, on va à A., quel magnifique appart', vous êtes trop choux... Tout le monde, tout le monde, a le sourire, a la pêche, tout va bien.
Ben non, là, moi non.
Pas la pêche, non.
A cause d'un certain C. ? Non, ce serait bien trop facile. Pas du tout.
A cause de moi, tout bêtement.
Parce que mademoiselle est trop bien pour s'abaisser au risque d'être ignorée par un mec « bien ». Ceci sous entendant un mec capable de la respecter, de l'estimer pour ce qu'elle est, voir même (non mais on rêve là !) de l'aimer pour ce qu'elle est. Et puis, tant qu'on y est, de la préférer à ses amies, qui sont, elles, bien plus jolies, bien plus intelligentes, bien plus vives d'esprit, plus intégrées, mieux dans leur peau...
Le pire, c'est que vu de l'extérieur, bah, j'ai l'air vraiment comme elles. Moi aussi je souris, moi aussi je suis pomponnée, moi aussi j'ai l'air de m'intéresser à tout, je parle à tout le monde, gna gna gna. L'illusion est parfaite, jusqu'à ce que je croise la route d'un joli garçon, qui me trouble, sans que je veuille le reconnaître, et me fait perdre tous mes moyens. Là, plus moyen d'être joviale, marrante et charmante. Je deviens pataude, bégayante. Je me persuade d'être laide et inintéressante. Tellement bien que je fais tout pour renvoyer cette image. Surtout quand à côté de moi, j'ai une copine mignonne et sympa. Même pas la peine de faire des efforts, ça se lit sur mon visage : « parle lui à elle, moi je vaux pas un kopek ».
Quand un mec malgré tout, continue de s'intéresser à moi, il doit avoir un souci quelque part. Ou il va finir par me prendre pour une conne. Quand il aura compris que je ne m'estimais pas et qu'il pouvait faire ce qu'il voulait avec moi, je n'aurais pas le courage de lui en vouloir.
Essayons de voir les choses autrement.
Je sais pertinemment que je ne suis pas laide. Bon, je ne suis pas un mannequin, je n'ai pas une peau et un corps parfait, mais enfin, j'ai ce qu'il faut pour séduire. Quand je le décide du moins.
Ensuite. Je ne suis pas aussi bête que je le prétends, je ne suis pas frétillant et vive comme T. ou J.. Je fais peut-être une fixette sur elle parce que j'y vois un symbole d'intelligence ? Ou plutôt parce que un prof en 2e année, et l'interne de Chir' de La Main les a estimées, pour leur vivacité.
Mais quid de V., J. ou F. ? Ou J., ou plein d'autres filles de l'amphi ? Elles sont tout aussi intelligentes. Voire plus. Et pourtant, on ne les entend pas en permanence ramener leur fraise, répondre aux questions, en poser 4 fois plus... Donc non, S., être surexcitée ne signifie pas être plus maligne.
J'ai toujours eu un tempérament calme et posé. Voilà tout. Et ça ne présage en rien de mon intelligence, ou non-intelligence.
Alors, pourquoi je continue à croire que je suis bête. 2e problème : en stage. J'ai l'impression que je suis sous-estimée par mes co-externes. J'ai l'impression de ne pas avoir le niveau, pour une 5e année. J'ai l'impression que les internes ne me félicitent pas, ne me font pas confiance pour la prise en charge des patients.
Je sais que ce sont des impressions erronées. Je sais que je dois m'efforcer de voir les choses autrement. Mais, ce pas, je n'arrive pas à le franchir. C'est simple, j'aimerais être excellente. (Je fais l'effort d'accepter mes erreurs, parce que je sais qu'on en fait tous, que c'est normal et qu'il ne faut pas y penser 40 ans).
J'aimerais être totalement épanouie dans ce que je fais. M'accomplir. Me dire que c'est fait pour moi et que j'en maîtrise toutes les ficelles.
Vraiment, vraiment, je me demande si je n'aurais pas dû plutôt être journaliste.
Quand j'ai dit dire à M. l'autre jour ce que j'aurais fait à la place de médecine, je n'ai pas hésité une seconde. Et je n'ai pas eu à réfléchir un instant pour savoir pourquoi : parce que je veux voyager, découvrir le monde et les gens, et écrire. C'est ce que je veux faire de ma vie et c'est ce pour quoi je suis faite. C'est ce qui me fait vibrer. J'y pensais déjà en 4e, et plus je me découvre, plus je sais que ça me correspond.
J'ai commencé à voyager, c'est formidable et je ne peux plus m'en passer.
J'ai commencé à découvrir les gens par le biais de la médecine et je trouve ça fascinant.
J'ai commencé à découvrir le monde en lisant, écoutant la radio, parlant avec les gens, et c'est extraordinaire.
Et écrire. Ça je l'ai toujours fait, je ne l'ai jamais demandé. J'en ai moins le temps maintenant, mais c'est inscrit dans mes gènes, pour une raison obscure.
J'écris un peu trop sur moi, à mon goût.
Mais, c'est la seule chose que je connaisse à peu près et je suis assez encline à l'introspection.
Mais pour moi, écrire, c'est avant tout pour être lue, et j'aimerais tout autant parler d'autres choses, qui puissent intéresser les gens.
Ceci dit, j'imagine que les gens aimeraient lire des choses qui les concernent, où ils peuvent se reconnaître. Et certainement, il y en a qui se reconnaîtront dans mes déblatérassions de jeune femme mal dans sa peau, en train de se construire et de se débattre dans ce petit monde pas toujours accueillant.
Au fait, 23 ans, j'en suis très très fière. Tous mes amis se plaignent des années qui passent, mais moi au contraire, plus j'avance, plus j'espère aller vers la maturité. L'âge adulte est merveilleux, beaucoup plus complet que l'âge enfant et plus sage que l'âge adolescent.
C'est beau de se construire, c'est beau de savoir ce que l'on est, d'où l'on vient, où l'on va. De savoir que l'on a des spécificités et qu'il y a d'autres traits de caractère qu'on ne possède pas. Qu'ainsi on forme une espère de pièce de Lego, unique, qui s'emboîte avec toutes les autres pour composer le monde. Autant avec nos qualités qu'avec nos défauts, autant avec ce que l'on possède qu'avec ce qui nous manque, on est un peu nécessaire à faire ce que le monde est.